It’s New York. Dans le Greenwich Village, un restaurant Japonais, plutôt franco de porc, tente de faire avaler des pieds de cochon aux habitants de Manhattan. Comment ? En les persuadant que c’est mieux que le Botox.

On ne le dira jamais assez : New York est une ville surprenante.
Alors qu’on pensait que tous ses habitants s’étaient mis au Global Warming Diet (le nouveau régime en vogue censé agir contre le réchauffement climatique) et n’avalaient que des burgers au tofu bio ou du café de fanes de radis équitables, les voilà qui s’enflamment pour un plat pour le moins imprévu : le pied de porc, l’arpion de cochon. Oui, oui, ce bidule tout osseux et flasque que seuls une poignée de bretons et Josiane Balasko osent encore ingérer.
La cause de ce nouveau groin de folie ? L’ouverture, en septembre, d’Hakata TonTon, une cantoche de poche lancée par Himi Okajima, un cuistot japonais parfaitement monomaniaque, qui met des pieds de porc dans chacun des quarante plats de sa carte. De ses nems en passant par sa french ratatouille ou sa crème brûlée.
« Il y a dix ans, j’aurais fait comme tout le monde : j’aurais monté un bar à sushis, constate le chef de 37 ans, arrivés aux States Unifiés il y a seulement quelques mois. Sauf, qu’aujourd’hui, c’est devenu complètement has been. Des sushis, tu en trouves dans tous les Walmart ou chez n’importe quel traiteur pakistanais. Moi, j’ai préféré tout miser sur le pied de cochon. Il y a quelques décennies, on en mangeait beaucoup à Okinawa. Je l’ai juste remis au goût du jour. Au fait, tu savais que Louis XVI, alors qu’il fuyait la France en 1791, a été reconnu par un aubergiste alors qu’il mangeait des pieds de porc à côté de Varennes ? C’est un plat de rois. Ça va cartonner à New York ».

Et en effet, ça cartonne. Sold out à tous les services et reportages élogieux sur les chaînes du câble, le New York Magazine ou chez les bloggeurs les plus influents de la foodosphère de la grosse pomme. Mais pas pour le moelleux incomparable de son cheesecake aux pieds de cochon.
Non, si le resto affiche complet, c’est avant tout parce que Himi Okajima – qui a visiblement bien saisi l’esprit new.yorkais - a eu la bonne idée de communiquer sur l’une des caractéristiques de la papatte de porc : sa teneur high level en collagène, cette protéine responsable du tonus des muscles et de la peau, présente dans presque toutes les crèmes anti-rides fabriquées sur cette planète.
« Le pied de porc est naturellement bourré de collagène. Du coup, en en mangeant, vous aidez votre organisme à conserver son humidité" explique Himi Okajima. "Si vous en absorbez régulièrement, vos cheveux et votre peau se porteront mieux. Pas du jour au lendemain, certes, mais si vous commencez maintenant, vous semblerez nettement plus jeunes dans 10 ans. Inutile, dès lors, de vous faire des injections de Botox ».

BON PIED, BON OEIL
Un argument massue dans la ville du monde qui compte l’un des plus fort taux d’intervention de chirurgie esthétique du monde libre.
Mais un avis que ne semble pas partager Oz Garcia, le nutritionniste des stars d’Hollywood, qui, avec Himi Okajima, n’ont visiblement pas gardé les pieds de cochons ensemble « Cette histoire de restaurant où l’on mange du collagène, c’est de la flûte traversière. Ça ne marche pas. C’est un vieux truc que l’on nous ressort régulièrement. Déjà dans les années 50, il y avait eu une mode de la cuisine au collagène. Demandez à votre grand-mère, il y a de fortes chances qu’elle ai avalé de la gélatine Knox. À l’époque, on disait que c’était bon pour renforcer ses ongles. Mais, c’est du flan». Même son de cloche chez Hélène Gendler, une dermatologue d'Upper East Side : " Il n'y a aucune preuve tangible pour que cela fasse quoi que ce soit. La seule manière pour que le collagène soit efficace, c’est en se l’injectant ».
Bon pied, bon œil, Himi Okajima n’en démord pas. Son premier resto, monté, il y a une paire d’années à Fukuoka au Japon (où depuis dix ans, on trouve déjà des sodas, des dentifrices ou des guimauves au collagène) a fait plein de petits. « Lorsque j’ai découvert le pied de porc, j’ai trouvé la mission de ma vie, s’enflamme le chef nippon. Et je compte bien la faire découvrir au monde entier. Ainsi, si mon resto marche new yorkais marche comme je le veux, j’ambitionne d’en ouvrir très vite en Italie, à Londres et en France dans les cinq prochaines années ».
C’est dit, Himi Okajima veut changer la face ridée du monde. Mais comme le précise Paula Begoun, gourou ès cosmétiques outre-Atlantique, « Le collagène, c’est bien joli. Mais il ne faut pas se cacher cette universelle vérité : même Estée Lauder est morte avec des rides ».
Où ? Hakata TonTon. 61 Grove Street, angle Bleecker Street et 7th Avenue South, New York. (212) 242-3699.
Cadeaux Bonus Tracks :
Chromeo - Bonafied Lovin (Jori Hulkkonen Remix)
Remi Nicole - Go Mr Sunshine (Punks Jump Up Remix)
Ammex – Dance (mieux vaut aimer le vocoder, quand même)
Posted by Ma.Ga. & Albert Londres Crew // / / // / / pics : La Niçoise.
Article à paraître dans l'excellent magazine Standard du mois de décembre.